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« Salut, je fais du Roller Derby parce que j’en avais marre du macramé »

sport -

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le Roller Derby sans jamais oser le demander ! Et bien c’est maintenant avec le premier article de Julia, plus connue sur le track sous le nom de « La Baronne ». Julia est une des fondatrices de La Ligue de Quads de Paris – Roller Derby et joueuse de La Boucherie de Paris.
Attention, en fonction du navigateur que vous utiliser il est possible que vous ayez à charger à nouveau cette page pour avoir accès aux vidéos (capricieuses) de INA.fr. Mais ça vaut son pesant de cacahuètes !

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Une fille en bas résille et minishort sur des rollers, qui prend des coups et qui en donne, ça vous rappelle quelque chose ? Voilà, c’est ça (merci aux diverses émissions de reportages et séries TV) ! Le sport de ces nanas un peu bizarres que l’on observe du coin de l’œil en se demandant si elles ont bien toute leur tête, parce que franchement, elles ne feraient pas mieux de faire de la danse, c’est quand-même beaucoup moins dangereux et tellement plus gracieux !?!?

Pas de chance, moi j’ai choisi de faire du Roller Derby, et désolée pour certains, mais dans ma ligue on n’est pas très portées sur les bas résilles (les minishorts, en revanche, on ne dit pas non).

Bon pour les autres, oui, oui, j’en vois 3 au fond là, qui froncent les sourcils et qui se demandent de quoi je parle, le Roller Derby c’est un sport d’équipe qui se pratique sur roller-quads et qui se joue sur une piste ovale qui s’appelle un track. Deux équipes s’affrontent. Chaque équipe est composée de 4 bloqueurs (défenseurs) et d’1 jammeur (attaquant). Les jammeurs marquent les points en prenant un maximum de tours aux joueuses adverses dans des phases de jeu de maximum 2 min, appelé jam. Et bien sur, Les bloqueurs doivent empêcher le jammeur adverse de passer. Bon en vidéo (et quand c’est les Texas Roller Girls) c’est quand-même plus parlant !

* À noter, le jammeur c’est celui qui porte l’étoile (ça peut vous aider à comprendre un peu).

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Début – âge d’or et déclin : le Roller Catch (1925 – 1975/1977)

Les premières courses de roller voient le jour aux USA en 1884. Mais le décès de 2 participants durant une course se déroulant sur 6 jours, pousse les autorités à légiférer afin d’encadrer plus précisément ces évènement. Le roller étant très populaire aux USA au début du siècle, des courses similaires continuent toutefois d’être organisées jusqu’au début des années Trente. La crise de 29 et la grande misère qui en découle contribue à l’émergence d’une nouvelle course d’endurance : un marathon de dance où des couples s’affrontent jusqu’à épuisement afin de gagner quelques dollars. « they shoot horses don’t they ».

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Léo Seltzer, organisateur de course d’endurance pédestre d’envergure les « Walkathons » (la plus célèbre étant une course de 6 000km un New-York – Los Angeles), a l’idée de faire évoluer son show en s’inspirant du business des marathons de danse et de la passion de la population pour le roller. En août 1935 a lieu le premier « Transcontinental Roller Derby », pour le plus grand plaisir des bookmakers et des spectateurs : 3.000 miles à parcourir à raison de 11h30 de patinage/jour. La course se fait sur piste ovale et afin de pimenter le tout, on autorise les bagarres entre les candidats.

Le succès va grandissant aux US et, après guerre, la notoriété de ce qu’on appelle en France le « Roller Catch » dépasse les frontières. Un 1er match/représentation a même lieu au Palais des Sports de Paris en 1947 ! Professionnalisation des participants et retransmission TV font des 50’s et des 60’s l’âge d’or du roller catch.

Mais nous sommes encore loin du Roller Derby moderne tel que je le pratique. Pour répondre aux exigences des diffuseurs TV, le show se scénarise et se théâtralise de plus en plus. La crise pétrolière de 1974, qui empêche les équipes de voyager, force les annonceurs à annuler de nombreux match. Les choses s’aggravent progressivement jusqu’au désintérêt du public, qui lassé d’une scénarisation à outrance se tourne vers d’autres sports dont l’image est moins contrôlée.

Le roller catch tombe en disgrâce à la fin des 70’s et passe les 80’s et les 90’s quasiment inaperçu. Il existe bien quelques références à ce sport dans certains films ou documentaires, mais elles restent très marginales :

 

La Renaissance : Le Roller Derby (de 2001 à nos jours)

Austin, Texas, été 2000, nous y voilà ! Un soir, Daniel Policarpo, artiste autodidacte, pseudo alcoolique et performer à ses heures, a la vision d’une performance réunissant des clowns en délire, des ours en monocycle et où des filles en patins à roulette, s’affronteraient sur une piste ovale, avec jeux de lumières psychédéliques et musique punk-rock un « Crazy Circus », sorte de performance artistique punk-rock qui décoiffe.

Pour ce faire, il a besoin de filles qu’il recrute dans les différentes communautés underground de la ville. Bien sûr, rien ne se passe comme prévu. Les 4 filles recrutées pour être les futures capitaines des équipes du Crazy Circus : April Herman, Heather Burdick, Anya Jack et Nancy Haggerty, se rendent vite compte du granguignolesque du projet. Elles se montrent en revanche très intéressées par la partie patinage. Policarpo, définitivement mis hors de course, elles décident donc de monter leur propre société pour donner naissance à leur projet. Bad Girl Good Woman Production (BGGW) voit le jour en 2001. Via cette société de production, les 4 jeunes femmes créent les 4 premières équipes de roller derby.

April prend la tête des Putas del Fueco, Heather, celle des Holy Rollers, pour Anya ce sera les Rhinestone Cowgirls et enfin Nancy, les Hell Cats’.

Une première rencontre, organisée par BGGW, a lieu le 23 juin 2002. 50 jeunes femmes prennent part à l’aventure, mais très vite des dissensions apparaissent au sein de la société de production. Les pratiquantes souhaitent prendre une part plus active dans la construction du sport, l’établissement des règles et l’évolution de celui-ci… La majorité des patineuses reprochent à BGGW de gérer le Roller Derby comme un simple business et non comme un sport démocratique où chacune pourrait jouer un rôle et contribuer à l’épanouissement de cette nouvelle pratique sportive. BGGW se scinde alors en 2 : Texas Roller Girls d’un côté et TXRD Lonestar Rollergirls de l’autre. On peut (voir ?) là, la seconde mutation du Roller Derby : Pratique sur terrain plat (Flat Track) pour les TRG et pratique sur terrain incliné (Banked Track) pour les TXRD.

Très vite, la pratique sur terrain plat se propage : août 2003, Sin City Rollergirls (Phoenix – Arizona), décembre 2003, Tucson Roller Derby (Tucson – Arizona), puis en 2004, LA Derby Dolls (Los Angeles – Californie), Gotham Roller Derby League (New York – New York), Carolina Rollergirls (Raleigh – Caroline du Nord), Rat City roller girls (Seattle – Washington).

En avril 2004, face au succès grandissant du Roller Derby (50 ligues aux USA, quelques équipe au Canada : Edmonton – Alberta), les patineuses décident de normaliser et de standardiser la pratique en créant l’ULC (United Leagues Coalition) qui deviendra en novembre 2005, la WFTDA (Women’s Flat Track Derby Association).

Le 1er match international a lieu en décembre 2006 et oppose les Oil City Derby Girls de Edmonton (Alberta – Canada) aux Rocky Mountain Roller Girls (Denvers – Colorado).

En 2007, le sport ouvre ses portes aux hommes. La MRDA (Men’s Roller Derby Association équivalent WFTDA) voit le jour sous le nom de Men’s Derby Coalition. Il existe aujourd’hui plus de 40 ligues masculines dans le monde.

Le roller derby débarque en France en Juillet 2009 avec la création des ligues de Toulouse, de Bordeaux et de Paris. Depuis, le nombre de ligues ne cesse de croitre http://derbyfrance.com/ligues et il s’en créée de nouvelles chaque années.

Personnellement, j’ai commencé le roller derby en octobre 2011 et ai fondé, avec d’autres Roller Girls chevronnées, La Ligue de Quads de Paris – Roller Derby, en mars 2012. Mon équipe, La Boucherie de Paris a joué son 1er match officiel le 24 novembre 2012 contre l’équipe des Grrriottes Girrrls de Lyon. Depuis, nous enchainons les matches, tant à domicile qu’en déplacements. L’équipe, comme la ligue sont en pleine évolution…et c’est pas prête de s’arrêter !

Ce sport change votre vie. C’est une activité chronophage et énergivore certes (puisque nous, membre de la communauté du Roller Derby, ne pouvons compter que sur nous-mêmes pour faire vivre ce sport), mais elle nous apporte tellement de joie et de réconfort. Aucun autre sport ne peut rivaliser, selon moi, avec les valeurs que nous enseigne le roller derby : fraternité, échange, entraide, débrouillardise, inventivité. J’y ai fait les plus belles rencontres de ces 10 dernières années : un public toujours plus nombreux et curieux, des bénévoles incroyables qui consacrent une grande part de leur temps libre à développer et à faire vivre le roller derby, mais et surtout, des co-équipières fantastiques, qui pour certaines sont devenues des membres à part entière de ma famille. Je ne serais pas celle que je suis aujourd’hui si je n’avais appris tout ce que j’ai appris dans ce sport. Il m’a permis de me découvrir, de me révéler et surtout de savoir qui j’étais. Allez, une petite vidéo pour conclure en musique.

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La Baronne,

Pour ne pas vous servir

Bonus:
Hell on Wheels
Devil Dan

 Photos: DR & Facewall