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Jonathan Garnier – RVRS Photography

art, Interview, sound -

Jon c’est le poète de la famille, celui qui exprime ses inspirations et expirations par la photo ou la musique. Ceux qui nous suivent ont déjà découvert son profil dans ARTtitude 1 l’année dernière, mais peu savant qu’il était, entre autre, le co-auteur d’un recueil de photos : California Trips sorti en 2010.
Installé depuis plus de 5 ans maintenant en Californie, Savanes et James sont allés à la rencontre du plus Morvandiau des Frenchies de Long Beach.

Petite ambiance sonore pour vous accompagner tout au long de cette interview :

//FRENCH VERSION//

Jonathan, d’où viens-tu?
Je suis d’origine morvandelle mais j’ai grandi à Versailles puis Paris.

Quand et comment as-tu débuté la photo?
J’ai commencé a m’intéresser sérieusement à la photo pendant mes études d’arts graphiques. J’étais a l’ECV, École de Communication Visuelle où j’ai appris a développer en noir et blanc, je m’arrêtais particulièrement sur la composition et des images très graphiques… Un peu de photo en studio aussi… Des portraits, et des essais expérimentaux.

A cette époque-là, tu faisais donc de l’argentique ?
Oui seulement de l’argentique. Je faisais pas mal de projection de diapo sur corps.. Éclairage du corps à la torche. Jouer avec la lumière pour “peindre” sur des sujets… Tout ça essentiellement en intérieur. Et a côté je commençais à faire des photos plus « journalistiques » au cours de voyages. Ensuite j’ai un peu délaissé la photo pendant quelques années, ne faisant de la photo qu’au cours de voyages sans vraiment développer ou avancer dans une recherche photographique.
Je me suis remis a photographier a mon arrivée en Californie en 2009. Et là seulement en digital. La Lumière si parfaite m’a vraiment fait redécouvrir cette passion. La Californie est un terrain incroyable pour créer des images.
La diversité culturelle et un regard nouveau sur tout ce qui m’entoure ici m’ont vite motivé pour reprendre mon travail en photo.
Je m’intéresse essentiellement au parallèle que je peux faire entre la vision que j’avais des Etats-Unis avant et après mon arrivée. La découverte de tous ces codes que les américains utilisent pour créer leur propre identité.

C’est une culture si jeune où chacun recherche son identité. Certains ramènent des traditions de leur pays d’origine, d’autres, là depuis plus longtemps, les ont oublié et s’attachent à des codes nouveaux, des valeurs nouvelles liées à la religion, la politique, le sport, les arts, leur hygiène de vie, la diététique, la culture du corps …

Mais cela reste avant tout un laboratoire humain exceptionnel où tout se mélange et où beaucoup de mouvements naissent. Avec bien sûr des bons et mauvais aspects. J’essaie de traduire ça en photo, de caricaturer.

Quels sont les mauvais aspects?
Alors les points importants que j’essaie de développer en photo autour de ce projet c’est vraiment ce parallèle que je vois partout entre l’idéologie du « rêve américain » dans les années 50, cet élan dans la reconstruction, le développement de l’économie et cette fierté patriotique qui ont fait les belles années de ce pays. On retrouve aujourd’hui les échos de cette époque un peu partout. Des scènes du quotidien qui m’ont tout de suite rappelé les images de l’illustrateur Norman Rockwell; ces mêmes scènes qui m’ont toujours inspiré lorsque j’étais en France.. Et que je retrouve ici dans un contexte bien différent.
Il y a toujours un « rêve américain », pour certains ce pays représente encore une terre d’accueil, de liberté et d’abondance… Seulement dans la réalité il y a un vrai paradoxe, la notion de liberté est hélas très relative dans système de plus en plus contrôlé et où des excès en tout genres ne contribuent pas toujours a l’épanouissement des mentalités et à une vision optimiste de ce pays. Cela me prendrait trop de temps pour expliquer ce que je ressens mais c’est aussi pour cela que j’essaie de souligner le plus possible ces codes singuliers appartenant à une culture émergente en Californie qui continue à se chercher, j’essaie juste de susciter la curiosité et je le fais en utilisant une technique qui fige ces instants de vie et met en valeurs chaque objet et chaque détail de la photo.

Los Angeles est vraiment une jungle humaine, je ne cesse d’apprendre sur cette diversité et son fonctionnement.

De la France, qu’est-ce qui te manque?
Ma culture essentiellement, ainsi que les conversations que je pouvais avoir en France me manquent. Il me faudra du temps avant de retrouver la même intimité ici.
Bien sur beaucoup d’autres choses me manquent et avant tout ma famille et mes amis que je ne vois que trop peu souvent. J’ai aussi eu la chance de rencontrer des gens merveilleux ici et qui m’ont adopté et m’ont laissé partager leur vie, c’est aussi une des raisons pour lesquelles je suis resté ici.

Pourquoi « Reverse » Photography?
« Reverse », car j’essaie de traduire les différences et les points communs entre la passé et la réalité actuelle. Les connections et les changements. Un peu comme une image inversée dans un miroir où l’on perçoit les choses différemment.

Tu as une façon particulière de traiter tes photos. Comment procèdes-tu?
Alors au lieu de chercher des lumières qui contrastent le sujet comme les lumières du matin ou du soir, j’aime prendre mes photos au pic de la journée avec beaucoup de lumière, après ça j’utilise le logiciel Photoshop Lightroom pour doser la lumière et les couleurs. Je ne fais que très peu d’intérieur ou de lumière artificielle. Avec ce logiciel j’accentue presque toutes les sources pour créer un effet hyper-réaliste mais mes images restent encore très « numériques ». Par la suite je les fais imprimer sur bois ce qui créé des images moins saturées, moins prononcées dans les couleurs et un aspect plus naturel qui rappelle la peinture et qui s accorde bien a ma recherche photographique basée sur l’esthétique des années 50 et la nostalgie de cette époque révolue. Avec le temps, l’image se fondra dans le bois et cet aspect « vinage » recherché de l’image en sera renforcé.

Peux-tu nous parler de tes séries « United Flesh »?
J’ai appelé ça « United Flesh » à cause de cette diversité et toutes ces communautés qui sont liées les unes aux autres sous le même drapeau. Ces codes communautaires dont je parlais tout à l’heure sont très visibles physiquement… Vêtements, tatouages, labels, accessoires… Et apparaissent clairement sur les photos.
Le mot « flesh » est un mot qui m’évoque un état primaire, brut, d’une certaine violence, un mot souvent associé au sang… C’est avant tout l’homme que je vois a travers la chair, un homme nu livré à lui-même dans un monde sauvage, je ressens cette nature toujours sauvage un peu partout ici et c’est aussi toute l’histoire des Etats-Unis, des états qui se sont construits malheureusement dans cette violence, une violence qui prend différentes formes et à laquelle chacun est confronté au quotidien. Le mot « united » c’est la force de ce pays, la fierté de ce pays…

Ta dernière série, s’intitule « Classic », est-ce parce que tu reviens au noir et blanc? Ou pour une autre raison?
Les séries « Classic », c’est une démarche différente plus portée sur une approche très intuitive et une recherche esthétique d’images plus oniriques et poétiques sans réelles connections entre elles. J’ai également dans cette série beaucoup de portraits.

 

Il paraît que tu fais aussi de la musique électronique?
Oui je fais aussi de la musique, différents projets… J’ai effectivement fait beaucoup de musiques électroniques et aujourd’hui je travaille sur un son plus humain avec moins de sonorités électroniques… C’est une autre passion.

Peux-tu nous parler du Projet California Trips ?
Le livre California Trips était un recueil d impressions de voyage au cours de mon arrivée en Californie. J ai été émerveillé par le beauté de la nature environnante et la aussi par sa diversité et j ai fait une série de photos sur cette magnifique région, ce sont essentiellement des paysages et moins de scènes de vie, le tout traite comme un album Polaroïd. Il n y a pas d intention autre que de révéler les richesses de cette région tant naturelles que culturelles, toute sa beauté et sa diversité. Nous avons accompagne le livre avec des textes et un CD de musiques qui se marient bien avec les images.

Vous pouvez vous procurer un des derniers exemplaires de California Trips ici.
Reverse Photography sur Facebook
RVRS sur SoundCloud


Music by RVRS (2010)
Visuals from ‘THX1138′ by Georges Lucas (1971)

 

//ENGLISH VERSION//

Jonathan, where are you from?
I am from the Morvan (a region in Central France, ndt) but I grew up in Versailles and then in Paris.

When & where did you started photography?
I started to get seriously into photography during my graphical arts studies. I was at ECV (Visual Communication School) where I learned to develop in Black & White, I was particularly in composition and very graphic pictures. Some studio photographs too, Portraits and experimental trials.

At the time, you were doing analog photographs?
Yes, only analogs. I was doing some projections of slides on people’s bodies. Enlightening the body with a torch. Using and playing with lights to « paint » on people… Must of it was done indoor. On the side, I was starting to make more « journalistic » pictures, during travels. Then I kind of abandon photography for a few years. Only during travels, without even developing or moving forward to a photographic research.
I started photographing again when I arrived in California in 2009. Only on digital this time. This such perfect « Light » really made me rediscover this passion. California is an incredible land to create pictures.
The cultural diversity and a new set of eyes on what surrounds me here, quickly motivated me back to my photographic work.
I was mostly taking an interest on the view I got of the United States before and after I landed. The discovery of all those codes Americans use to create their own identity. It’s such a young culture that everyone is looking for his own identity.
Some brought back traditions from their home country, others who’ve been there a lot longer forgot about it, and become attached to newer codes, newer values tied to religion, politics, sports, arts, lifestyle, alimentology, the cult of the body…

But it still is, before anything else, a fantastic human lab where everything is mixed, where a lot of movements are born. Obviously, it has its pros and cons.

I try to translate that in my photographs, to caricature.

What are the cons?
The most importance points I am trying to develop in this project, is to draw the parallel which I see everywhere, between the « american dream » ideology of the fifties, the surge for rebuilding, the economic development and the patriotic fervor which made this country’s brightest years. Today you can find traces of that time anywhere. Everyday life’s scenes immediately made me thought of Norman Rockwell, the very scenes that always inspired me when I was in France, and I’m was facing them again ,in a very different context.
There always is an American Dream. For some, this country still represents a welcoming land, of freedom and abundance.
But there’s actually a real paradox, the concept of liberty is in fact quite relative in a system that is more and more monitored, and where excesses of all kind do not always contribute towards the evolution of people’s thoughts or to get an optimist view of this country. It would take me too much time to describe the way I feel but that is why I really try to emphasize as much as I can these singular codes belonging to an emerging culture in California, which is still searching itself. I’m only trying to arouse curiosity, and I only do it using a technique that froze those moments and cast a glow on each object and each detail of the photograph.

Los Angeles is a human jungle, I’am constantly learning about this diversity and the way it works.

Of France, what do you miss?
The culture I grew up with mostly, and the discussions I could have in France. It will take some time before I find the same level of intimacy I had, here.

Of course I miss a lot of other things, and my family and friends above all, that I barely see. I also had the chance to meet extraordinary people here who adopted me and let me share their lives, which is one the many reasons why I’m staying here.

Why ‘Reverse » Photography?
Reverse, ’cause I’m trying to translate the differences and the common grounds between the past and the present reality. The links and the changes. Like the way an picture is reversed when looked through a looking-glass, when you perceive things differently.

You’ve got a specific way of handling your photographs, how do you proceed?
Well, instead of looking for a light that will contrast the subject like in the morning or the evening, I like to take photograph in the middle of the day which much more light. After that I use Photoshop Lightroom to gauge light and colors. I do very few indoors or artificial light. With this software, I increase almost every sources to create an hyper-realist effect, but my pictures still remain very « digital ». Then I made them print on wood, which leads to less-saturated pictures, less-marked colors and a more natural look which reminds of painting, matching my photographic research based on the fifties’ aesthetic, the nostalgia of these bygone days. In time, the picture will merge with the wood and the vintage look of the picture, that I was searching for, will be reinforced.

Can you tell us more about the « United Flesh » series?
I called it « United Flesh » because of the diversity and all these communities which are tied to each other under the same banner. Those communatary codes, that I was talking about earlier are very noticeable. Clothes, tattoos, labels and accessories, clearly appear in my photographs.

The word « flesh » is a word which calls to mind a primary state, raw, kind of violent, and often blood-related. Above all it is the man that I see through the flesh, a naked man, left to oneself in a wild world. I can feel the nature, the wilderness everywhere, and this is also the United States’ history, theses states which built themselves on this violence, which can take many forms and affect each and every one of us today. The word « United » is the strength, the pride of this country.

Your last serie is called « Classic ». Anything to do with the Black & White or is there an other reason?
The « Classis » series, are made with a different approach, more focused in an intuitive way. And by researching a more dreamlike, poetic aesthetic of the images, without any real connection between them. There is also a lot of portraits in this serie.

I heard you where also producing electronic music?
Yes, indeed. I made a lot of electronic music and I’m working now and a more human sound, with less electronic sounds. It is another passion.

Can you tell us about your project « California Trips »?
The book « California Trips » was a collection of impressions of my journey when I arrived in California. I was amazed by the beauty of the surrounding country and again by its diversity. And I made a serie of photographs on this beautiful region. Those are mostly landscapes and less lifescenes. The book treat it all like a polaroid album. There is no other intention than revealing the treassures of this region, naturals as much as culturals. the book features texts and a music CD which go well with the pictures.

Get your copy of California Trips here
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