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ASME, l’obsession du dessin

art, Interview -

Bar à Champagne un peu chic en plein centre de Troyes. Soirée d’anniversaire d’une agence de Communication à la mode. Costumes. Robes de soirée. Et merde, je suis encore habillé comme un sac. Décidément, je ne suis pas fait pour ce type d’événements. Je suis invité comme la centaine d’autres convives présents. Normal, comme eux, je fais bosser cette agence depuis quelques mois. Pourtant, pour être honnête, je ne suis pas vraiment venu pour célébrer les 5 ans d’existence de l’entreprise hôte. Non, si je suis là, c’est que sur le carton d’invitation, il y avait écrit « exposition de Street Art ». Suffisant pour me faire surmonter ma phobie des soirées mondaines. Je ne sais pas parler si je n’ai rien à dire, je ne sais pas sourire sur commande. Par contre, faire la gueule sans raison, ça je sais faire. Bref, c’est pas gagné.

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J’arrive pile à l’heure, car les mondains arrivent toujours en retard, c’est plus classe. Au moins, je suis sûr d’éviter la foule, et j’ai la possibilité de découvrir les œuvres au calme. Avec un peu de chance je vais pouvoir rencontrer l’artiste et discuter avec lui.
On peut dire que j’ai eu le nez fin. Je suis le premier arrivé. Je me balade dans le bar, je découvrir une à une toutes les œuvres exposées sur les murs. J’adhère. J’adore. Il y a un style qui mélange graffiti, manga, pochoir, le tout dans une sorte de bordel organisé. Je comprendrai plus tard que je suis dans le vrai. Le bordel en question raconte une histoire.
Un tableau m’interpelle. Une santa muerte. Très proche de celle tatouée sur mon épaule. Décidément, l’univers de cet artiste me plait. Ah, mais j’en oublie le principal, cet artiste, son nom c’est : ASME !

Je suis impatient de le rencontrer. Je demande à quelle heure il doit arriver. « Il ne devrait pas tarder. Ah justement le voilà ! ». Je découvre donc ce personnage, anti-héros par excellence. Barbe de trois jours, légers surpoids, cheveux en bataille, pas sûr que ce soit volontaire. Ou plutôt, sûr qu’il s’en fout royalement. Gros pull un peu trop large. Jean délavé un peu trop large aussi. Et surtout, une vraie tête de gentil. Ses yeux bleus brillent dès que je lui dis que j’aime son travail. Non, décidément, ce type me plaît déjà. Sans parler que je ne suis pas le seul à ne pas avoir revêtu les habits de circonstances. L’habit ne fait pas le moine. Ni le talent. Et lui, il a beau être habillé pour aller couper du bois, du talent, il en a à revendre.

Nous discutons, rapidement, on se tutoie. Il m’explique son univers. Il vient du graffiti. Avant, son terrain de jeu, c’était les murs des vieilles bâtisses abandonnées, les usines désaffectées. Lui et ses potes écumaient les spots Troyens. Eux étaient à fond. Lui, un peu moins. Il prenait du plaisir. Mais il manquait quelque chose. Il n’arrivait pas à trouver son style. Puis, il s’est essayé à la toile. Et là, pur kiffe. Il s’inspire de dessins existants, ils les redessinent et les assemblent en racontant une histoire. De la plus simple à la plus tortueuse. De la contine au film fantastique.

J’envie son talent. J’envie sa passion. Stop. Ce n’est pas une passion. ASME réfute être un passionné. Certains de ses amis et certaines personnalités sont passionnés, habités par le dessin, la création. Ils vivent et respirent pour créer. Ils ne font que ça. Finalement, après un petit silence, il parle d’obsession. Il ne peut pas vivre uniquement pour créer, mais il ne pourrait s’en passer. Il en a besoin. C’est vital. C’est une échappatoire, un havre de paix, un défouloir, une bulle. Bref, c’est compliqué, mais il en a besoin quoi. Pas de souci, j’ai compris. Les convives sont de plus en plus nombreux. Il doit aller se présenter. Il n’a pas l’air super à l’aise à l’idée de se frotter à tout ce « beau » monde. Moi non plus. J’en profite pour m’éclipser discrètement. Certains diraient « fuir lâchement ». Je leur donnerais raison. Bonne chance mec. Courage, fuyons !

Je vais te revoir François (son vrai nom…), je vais te laisser parler face à ma caméra. Je vais écrire sur toi. Je vais te commander une toile. Une avec le Joker. Avec Batman. Et même que le symbole du chevalier noir pourrait couler comme du sang. Tes yeux brillent à nouveau. Je crois que tu as bien kiffé l’idée. Syndrome de Peter Pan. Deux. On est deux grands malades. Mais peut-être la meilleure maladie qui soit.
Ah, et j’oubliais… Si tu ne sais pas quoi faire, un soir où l’inspiration te vient, essaye de me dessiner mon prochain tatouage. Un qui représente la vie, la liberté, la folie mais au sens noble du terme. Ne t’en fais pas, je ne suis pas pressé. Je sais que très bientôt, il y a ta plus belle œuvre d’art qui va pointer le bout de son nez. Vivement qu’elle grandisse. Vivement qu’elle dessine. Mais d’ici là, un petit conseil : il va falloir agrandir ton atelier. A deux, vous allez être serrés dans quatre mètres carré…

Texte: Ben X Square
Photos: DR
Contact François: asmedeco@gmail.com